Tisk

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Une rencontre inachevée

Document ajouté par Tisk le Mercredi 27 Février 2008

            C’était dimanche… Comme chaque semaine, je profitais de la fraîcheur du matin pour me dégourdir tant bien les jambes que l’esprit. Nous étions à la fin mai, mais le temps hivernal persistait durement. Le soleil rayonnant de printemps plombait le bleu du ciel de son jaune foudroyant, alors que la bise givrait les parties de mon corps laissées à nu. Tout en marchant, je contemplais le paysage merveilleux et silencieux qui m’encadrait.

            Durant cette période d’évènement troublant qui touchait ma famille, ce silence était le meilleur moyen pour moi de m’évader et de laisser voguer mes idées dans mon esprit. De plus, la visite des tranchées effectuée l’avant-veille n’arrangeait rien à la chose. Elle n’avait fait que renforcer l’odeur de la mort que mon cerveau avait imprégnée. Je soufrais. Mais personne ne le vit. Il est vrai que mon caractère, en complicité avec mon corps, ne laissait guère mes sentiments ressortir de mon cœur. Malheureusement pour moi, cela aggravait cette hémorragie. « Cor eum verdun est » : Mon cœur est la plus grande des forteresses. Les larmes que je pouvais déplorer, personne ne pouvait les voir, personne ne pouvait les essayer. Elles s’écoulaient silencieusement.

            Ce jour là, je marchais d’un pas lent, j’écoutais le silence. Ce n’était pas celui qu’on pouvait entendre dans un cimetière où rôde la mort, ni même celui de la campagne où trône, seul, le murmure des oiseaux porté par le vent. Ce silence était le plus violent des silences, le plus bruyant. C’était celui de toutes les personnes qui souffraient, celles qui sont à vos portes mais qui n’osent frapper. Celles de ceux qui n’ont pas un sou et qui n’osent en demander. Et enfin ceux qui, depuis quarante ans, vivent dans la rue et qui n’osent jamais adresser la parole à un inconnu.

            Le silence est le plus beau des bijoux, partage-le !

            Si seulement le silence faisait du bruit…

            Je vivais à Reims depuis quelques mois, et lors de cette promenade dominicale que j’effectuais pour me rendre à la messe, j’empruntais chaque fois le même chemin. Quelques mètres plus loin, j’allai arriver sur la grande place de l’église qui, comme à son habitude, sera vide, sombre et triste. Je la traverserai sans perturber le calme qui y planera. En passant devant les portes de l’église, je croiserai un homme. Cet homme, je ne le connaissais que de vu. Les seuls mots que j’ai échangé avec lui étaient : « bonjour » ou « bon dimanche ». Il était généralement silencieux, comme moi. Les gens l’ignoraient et il ignorait les gens. Quand il vous regardait, il souriait. Quand vous le regardiez, vous baissiez la tête. De la peine et de la souffrance logeaient au fond de ses yeux.

            Aujourd’hui, je voulais tenter une expérience. Tout au long du chemin, je m’imaginais entrain d’établir une conversation avec lui. Le désir d’éviter l’église pour découvrir un homme étrange fut alimenté par l’arriver d’idées de différents sujets de conversation. Mon objectif était de le faire parler pour le comprendre. Plus j’avançais dans l’imagination du dialogue, plus je me sentais heureux. La tristesse s’évaporait peu à peu. Je redevins une personne qu’on pouvait qualifier de « normal ». Un quart d’heure s’écoula alors que je débarquais sur la grande place. J’apercevais l’homme au bout de la place, devant les portes, comme à son habitude.

            Mais, j’avais beau m’imaginer des tas d’histoires, un problème faisait barrière, m’empêchait de les réaliser. J’étais timide. J’avais peur du ridicule et donc je n’osais rien. C’est pourquoi, en passant devant cet homme, je me contentai de le saluer et il me répondit, pour ne pas changer notre habitude. Au moment de pousser la porte de l’église, il rajouta un mot, un seul ; mais avec tellement de force en sentiment que je ne pu m’empêcher de laisser écouler une larme une fois entré dans l’église. Le désespoir c’était de nouveau emparé de moi.

            Il m’avait dis « tant pis »…

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