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Il était une fois, à proximité d’un pays lointain, un être étrange. On avait pour habitude de dire que c’était un bon gars. Ce n’était probablement pas si faux, mais pas entièrement juste non plus.
Jacques Blanc, vingt huit ans, prenait un café en tapant quelques conneries sur son ordinateur. Ceci fait, il se leva sans entrain et se dirigea vers la cuisine en traînant des pieds. Il nettoya rapidement sa tasse et retourna dans sa chambre. L’appartement était lumineux en ce début d’après-midi. Le soleil pénétrait toutes les pièces. Il appréciait cette régénérescence gratuite.
Revenu devant son ordinateur, il écrivit encore quelques lignes puis il leva les yeux. Il observa un instant le poster du London Calling des Clash affiché au mur en face de lui, puis il se remit au travail. Roll Over Beethoven occupait avec délectation le tourne-disque posé sur la petite table près de son lit. Il tapa encore quelques lignes puis il s’arrêta définitivement. Cela ne servait à rien. Ce qu’il écrivait lui paraissait totalement inutile et en parfaite inadéquation avec la réalité.
Il cessa donc son activité et passa outre sans trop se poser de questions. Il n’était en rien attaché aux écrits qu’il produisait et il lui arrivait régulièrement de les détruire. Il se leva et retourna dans la cuisine comme pour oublier le passé et mieux réfléchir à ses productions futures. « La cuisine, c’est comme une salle de torture » disait-il souvent. Il ne savait pas pourquoi il pensait cela, mais il aimait à le dire en rigolant bêtement, même si personne n’était là pour l’entendre. Il était comme ça. C’était une pièce où il passait beaucoup de temps.
Le lendemain, vers midi, il était là, dans sa chambre, comme la veille. Il se leva, puis se rassit, puis se leva à nouveau. Il était de nature indécise ce jour-là. A vrai dire, il était indécis à temps complet, mais il avait pris le parti de vivre avec. Tout petit déjà, il avait adopté l’habitude de réfléchir énormément avant de faire un choix. « Mieux vaut réfléchir que guérir de la maladie qu’on a chopé alors qu’on n’en veut pas » sortait-il souvent à tire-larigot en veux-tu, en voilà, y’en a un peu plus, je vous le mets. Il prononçait lui-même ce dicton détourné de manière très rapide et le ponctuait d’un cri animal, un cri humain en somme. Cela avait pour conséquence de faire bondir son entourage imaginaire qui, tout imaginaire qu’il fût, s’indignait à voix haute des dires blasphématoires de ce pauvre bougre.
De nouveau assis, il se remit au travail, ou du moins à ce qu’il considérait comme son travail. Il avait bien une profession mais elle représentait plutôt une perte de temps en comparaison à l’activité qui occupait ses temps libres. Il sourit bizarrement en observant le poster du London Calling des Clash. Soudain, il repensa à une fille inconnue qu’il avait aperçue dans le métro. Elle lui rappelait l’actrice Ludivine Sagnier. Il se remémora le sourire qu’elle lui avait adressé après avoir remarqué qu’il la fixait. Il essaya d’imaginer la tête qu’il avait faite en lui rendant la pareille. Il pensait beaucoup à lui et à son apparence. Pourtant, c’était un garçon tout ce qu’il y a d’ordinaire.
Ce jour-là, il portait son éternel jean et son vieux pull vert qui s’était mis à pelucher sérieusement. Il l’avait acheté il y a quelques temps déjà, bien avant de voir les concerts acoustiques de Nirvana. Chose curieuse, son pull était une copie parfaite de celui de Kurt Cobain lors du fameux Unplugged. Cela lui plaisait de l’avoir acheté sans savoir, et il y accordait une grande importance, car pour ce bougre-là, c’était très important, le rock and roll. “I need the rock and roll, fucking my life” ne cessait-il de crier souvent pour lui-même. Il avait entendu cette phrase dans une chanson et il en avait fait sa devise. Il aimait faire des allusions au rock and roll, des allusions que son entourage ne pouvait pas comprendre par inculture musicale, comme il disait. Il avait bien quelques amis qui partageaient certaines de ses références mais il ne percevait chez aucuns d’eux l’amour pur et entier qu’il éprouvait, lui, pour le rock and roll.
Par exemple, il sanctifiait bien plus que tout autre trop l’âme du rock and roll pour apprécier la froideur du métal moderne qui selon lui s’était perdu dans des chemins aux riffs aseptisés et dépourvus de sensualité ; alors que la sensualité est l’un des principaux piliers du rock and roll. De même il n’écoutait plus, ces derniers temps, des groupes dont la totalité des chansons était agressive car, selon lui, l’ambivalence était essentielle : le calme qui précède la tempête permet de souligner sa violence. Ce phénomène de relativité était essentiel à ses yeux.
Jacques était un idéaliste, un esthète du rock, un fou extrêmement sain d’esprit, un gars beaucoup plus intelligent que ses contemporains même si inconnu du monde moderne, ce monde qui préfère faire l’apologie des cons. Il se surprenait parfois à penser qu’un univers parfait aurait été constitué de simples d’esprit et de gens partageant ses opinions.
On était en décembre. Il aimait l’hiver bien qu’il eût conscience que cela ne profitait pas à tout le monde. Il était égoïste et narcissique mais il le savait et cela le chagrinait. Il aurait souhaité être autrement mais à quoi bon changer maintenant ? Il avait l’amère impression que tout était déjà joué. Dans la vie, rien ne le poussait à être excentrique et il ne l’était pas du tout, mais parfois il l’était quand même. Voilà. Des contradictions.
Jacques n’était pas original en société. Il faisait partie de ces personnes qui mettent du temps avant de se sentir à l’aise avec les gens, ces personnes qui passent inaperçues par leur manque de saveur apparente. Ce manque, chez Jacques, provenait uniquement de sa timidité et, de toute manière, il n’avait d’affinités avec personne. Il ne se voyait pas s’amuser avec des gens qu’il ne trouvait pas drôle, des gens pourvus d’un humour passe-partout, pathétique, inintéressant, un humour de suiveur.
L’autre entra. Jacques le reçut sans broncher alors qu’il ne l’attendait pas. Il ne baissa pas la musique faisant mine de ne pas l’avoir entendu.
Il était entré et n’avait rien dit. Il avait seulement lâché un timide bonjour comme il faisait à chaque fois. Jacques n’avait pas répondu. Quelques minutes s’écoulèrent sans que rien ne se passât. Jacques marmonna enfin :
- Qu’est-ce que tu fous ?
- Je passais, répondit l’autre sans un mot de plus.
A partir de ce moment, Jacques ne dit plus rien et se laissa bercer par la présence de cet être qui se postait derrière lui alors qu’il écrivait sur son ordinateur. L’autre s’était assis sur le lit. Il regarda le tourne-disque. Ce fut là son occupation pendant une heure. Soudain, Jacques détourna le nez du PC. Il recula sa chaise en évitant de bousculer la personne derrière lui. Assurément, il se leva avec assurance. Sans un mot, il le suivit. Il fit se mouvoir son imposante masse corporelle pour se lever, et il emboîta le pas à Jacques qui se dirigeait vers la cuisine. L’autre ouvrit le frigo, sortit le Comté, s’en coupa un morceau et le mangea avec un bout de pain.
- Ben t’es gonflé quand même, lui fit remarquer Jacques.
- Merde Jacques tu m’en proposes jamais et t’en as toujours en réserve. J’adore ce truc-là moi. J’en boufferais des brouettes si ça se mettait dans des brouettes.
- Dis pas de conneries, c’est moi qui t’ai élevé, merde dit-il sur un ton moqueur et enjoué, entraînant chez l’autre un éclat de rire immodéré.
Silence. La majeure partie du temps, il y avait des silences, de ceux qui font taire les cons incapables d’y piper mot.
Ils se déplaçaient ce jour-là dans la 106 de Jacques en direction de la grande surface la plus proche. Le but de l’expédition était de remettre à jour les stocks vitaux nécessaires à leur évolution de mammifères bipèdes – par opposition aux êtres qu’ils allaient rencontrer plus tard. Jacques pouvait devenir agressif en voiture. User du klaxon n’était pas une option négligée.
- On n’oubliera pas le Comté, lâcha son compagnon de fortune ?
- C‘est naze ta réplique, lui répondit Jacques.
- Dieu n’était certainement pas inspiré pour me faire prononcer quelque chose d’intéressant, supposa l’autre.
- Certes, mais il m’est difficile d’être original à tout heure répondit-On sans montrer aucun signe de vexation.
Dans un élan de quête d’originalité, Celui-ci mit des hommes rouge clair sur leur chemin, des hommes d’une autre galaxie. Ceux-ci parlaient français et étaient vraiment super sympa.
- Chouette, on fait un goûter.
Pour tout dire, Jacques n’était pas trop chaud. S’il avait un certain attrait pour l’ufologie et si leur couleur ne lui déplaisait pas, il n’appréciait pas plus que ça la compagnie de ces trois lascars bruyants et vantards.
- Ma navette est plus rapide que ta 106, voilà le niveau de leur conversation.
Par dépit, Jacques et son compagnon allèrent retrouver la sœur de ce premier ou sa femme, à vérifier. Jacques Blanc avait en effet une sœur prénommée Meg, une épouse formidable.
- T’as du Comté Meg ? demanda qui on sait.
- Question idiote, les bras m’en pendent, j’en ai toute une batterie.
Malesendo
J'aime bien ce personnage egocentré et fondu de Rock'n roll :)
(par contre, à partir du moment ou se ramenent ces foutus hommes rouges, j'ai du mal a suivre...)
LaEscoba
Tu as peut-être raison. J'étais parti au début sur une idée de chronique sociale, d'autres personnages devant apparaître, et puis je me suis dis soyons psychédélique et surnaturel. Ca ne colle pas.
Aurele
J'étais totalement dedans jusqu'à "l'autre entra". Je me suis dit : "mais c'est qui celui là ?". Alors avec l'apparition des hommes rouges et des premiers dialogues... j'ai un peu décroché. Mais le début était super en fait, parce qu'on rentre dans la tête du personnage (perso, c'est ce que j'aime...). Mais ce qui est bien aussi, c'est que comme tu l'as dit, c'est une histoire sans fin, ça me donnerait envie de continuer à écrire la suite...
Malesendo
L'idée du Comté m'a aidé a accrocher.
etant moi même tres bien fournis en la matière, les reactions des personnages m'ont semblé franchement naturel.
En tout cas, en y repensant, je me dis que j'dois avoir un serieux probleme avec le Comté :x
Desesp
J'aime pas le comté !
Par contre, toujours du Morbier ou de la Tome noire de Savoie dans mon frigo ...
J'accroche difficilement avec la fin...
LaEscoba
Avant que ce texte ne soit supprimé, j'espère que vous aurez remarqué que le personnage principal est un homonyme français de Jack White, leader des White Stripes, d'où la petite allusion à Meg, son accolyte, vers la fin du texte. J'aurais dû traduire par Jacques Blanche à la réflexion. Rien de bien palpitant, mais je revendique mon esprit tordu. Je hais les White Stripes.
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